
Télécharger la synthèse du 4ème Forum adolescences
QUELLES LIBERTES POUR LES ADOLESCENTS ?
« Santé – Autorités – Solidarités »
Un Forum qui fera date. Voilà ce qui caractérise ce 4ème Forum Adolescences organisé par la Fondation Wyeth pour la santé de l’enfant et de l’adolescent.
Un événement par le nombre et l’enthousiasme des participants : plus de 600, dont pour moitié des adolescents venus de Bordeaux, Caen, Lyon, Montpellier, Paris et de la région parisienne, acteurs des Forums des Académies qui se sont déroulés en mars et avril dernier ; par la qualité et la diversité des intervenants ; par la qualité et l’engagement des partenaires : la Direction Générale de l’enseignement scolaire du Ministère de l’Education Nationale, l’Inserm ; enfin, par l’animation bienveillante et incisive de Michel Field.
Cette convergence de talents, au service du dialogue entre adolescents et adultes, comme le remarque dans son propos introductif le Professeur Claude Griscelli, Président de la Fondation Wyeth, est soulignée par Madame Isabelle Altmayer-Barnier, chef du pôle Jeunesse au Cabinet de Madame la Ministre de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative. L’ampleur du travail mené par les adolescents conforte le « Plan Santé Jeunes » pour les 16-25 ans lancé en février 2008 par le gouvernement. Des nombreuses innovations qu’il prévoit, comme l’ouverture d’ici 2010 d’une maison des adolescents dans chaque département, d’un accès plus facile au service « Fil santé Jeunes », d’un passeport santé pour faciliter la relation avec les médecins, elle remarque – à l’image du Forum - la force et l’efficacité d’un travail plus concerté entre adultes et adolescents. Au nom du directeur Général de l’Enseignement Scolaire, Jean-Louis Nembrini, Madame Marie-Martine Boissinot, sous-directrice de la vie scolaire et des établissements au service du budget et de l'égalité des chances de la DGESCO, souligne la remarquable implication des lycéens, des enseignants et des proviseurs dans la démarche de réflexion. « L’institution scolaire a besoin du regard des ados » et le partenariat avec la Fondation et l’Inserm contribue efficacement à bien « penser les questions qui les concernent ».
André Syrota enfin, directeur général de l’Inserm rappelle que la question du bien-être psychique et physique des adolescents est une des missions de l’Institut ; les réseaux « Inserm Jeunesse », comme les Forums eux-mêmes, contribuent à un dialogue utile entre scientifiques et adolescents.
La santé : un dialogue à construire
Première des trois tables rondes de la journée, « Ma santé : se construire ou se détruire ? » accueille trois rapporteurs des forums des lycées : Cynthia SORO (lycée Gaston Darboux à Nîmes, Académie de Montpellier), Lucile MAONTAURID (lycée Louise Labé à Lyon, Académie de Lyon) et Igor PATRY (lycée André Maurois à Deauville, Académie de Caen). « Très impliqués », voilà qui résume l’engagement des élèves dont ils rendent compte du travail. « On a appris des choses… on s’est aussi un peu confessés ». Ce qu’ils ont appris ? Face au risque de mal-être, tous les adolescents ressentent les mêmes choses. Ce constat, qui est le fruit du dialogue engagé sur cette thématique, les rassure. Le dialogue est sans doute la clé pour sentir les doutes et les fragilités qui peuvent les affecter. La question n’est pas la connaissance des risques de santé. La prévention, ils connaissent, ils ont compris, ils se disent même « gavés » de messages anxiogènes qui, à l’extrême, ne les touchent plus. Premiers artisans de ce dialogue : les parents. Pas indulgents les jeunes ! « ils ne sont pas au courant ; les nouvelles drogues… la sexualité » Il faudrait « faire une mise à jour du disque dur » !. Le Professeur Bruno FALISSARD, directeur de l’Unité Inserm U669 santé mentale de l’adolescent ; Caroline THOMPSON, psychanalyste et thérapeute familiale ; le docteur Dinah VERNANT, responsable de l’Espace Santé Jeunes de l’Hôtel-Dieu à Paris, les trois experts invités à débattre avec eux, semblent leur donner raison. Pour Caroline Thompson, il faut trouver une bonne distance avec les parents : plus de proximité, mais pas d’intrusion. Sur les questions liées à la sexualité, si les ados ne demandent qu’un minimum d’éducation, un brin provocante, le Docteur Dinah Vernant suggère que les parents explorent Internet pour connaître les repères qui sont les leurs, en particulier sur sexualité et pornographie. Adultes relais ? Oui, en dehors de la famille, comme les infirmières, les centres pour le planning familial… Le dialogue s’avère nécessaire et les échanges sur la drogue et le sexe gagneraient à être appréhendés, comme dans leur quotidien, comme des sujets « ordinaires ».
Les adultes relais constituent un vrai sujet de débat. D’abord, avec qui et comment parler de sa santé et des risques que prend l’adolescent « par nature » ? Pour les jeunes, celui qui parle de son expérience (de la drogue, de l’alcool) a plus d’impact que celui qui parle de la loi ou de la science. Les experts soulignent, sans rejeter cette volonté de comprendre le vécu des déviances, que les professionnels de santé sont des partenaires qui vont savoir expliquer les mécanismes de la perte de confiance, de la dépression, de la dépendance. Car, fonctionnant à notre insu dans notre cerveau, ils ne peuvent pas être décodés par les adolescents eux-mêmes. Pour autant, l’identification à l’autre ne doit pas être rejetée car la connaissance n’empêche ni la prise de risque, ni les contradictions « qui font partie de notre vie ».
Comment savoir alors quand un comportement devient pathologique ? Pour le professeur Bruno Falissard, la science donne des indications « statistiques » qui mettent en corrélation l’exposition au risque et la conséquence pour la santé. La seule réponse valable serait de considérer que l’état de souffrance ressentie par l’adolescent qu’il faut distinguer de la douleur physique, la perte de liberté, la durée du sentiment de déprime, marquent la limite de la bascule vers la situation pathologique. S’il est possible de repérer la dépendance par des données objectives (un joint de cannabis par jour, consommé par 3 % des jeunes de 18 ans, correspond à l’absorption d’une bouteille de vin), la souffrance est plus difficile à repérer. L’anorexie par exemple, n’est pas ressentie comme une souffrance, alors qu’elle est un danger grave pour la santé.
Le débat engagé avec la salle souligne à quel point le dialogue sur la santé est nécessaire et passe par une pluralité d’intervenants. Ne faut-il pas s’interroger sur le fait qu’à un âge ou la santé est bonne, ce sujet paraisse aussi important aux yeux des ados ? Il faut chercher dans l’abondance des messages, à la radio, télévision et le web, le fantasme d’une espérance de vie à l’abri de pathologies comme le cancer, le sida, de toute forme de dépendance. Ces angoisses, portées spontanément ou suscitées par la découverte du monde, doivent trouver un moyen de s’exprimer.
Ne faut-il pas réhabiliter le rôle du médecin ? Jusqu’à l’âge de 10-12 ans, l’enfant va chez le pédiatre une fois par an. « Quand on devient ado, on ne va plus chez le médecin, pourquoi » demande Dinah Vernant. Il faut pourtant quelqu’un à qui confier ce que l’on ne dit pas à ses parents. La médecine scolaire de prévention aurait perdu une place qu’elle occupait encore il y a une vingtaine d’année. Par ailleurs, des élèves soulignent que le collège et le lycée proposent des moyens d’information mais que de la 6éme à la terminale, le discours et les intervenants ne changent pas.
Le dialogue sur les questions psychologiques est par nature difficile. Les consultations de médecine ou de thérapie familiale montrent que des parents angoissés sur les risques de déprime de leurs enfants projettent sur eux des angoisses que les ados n’ont pas forcement. Ce problème de « boussole mal réglée », les ados s’en plaignent : les enquêtes Ipsos Santé pour la Fondation Wyeth soulignent avec constance que les ados, dans leur grande majorité, disent aller bien. Professeurs et infirmières ne font pas exception et voient les ados « plus mal dans leur peau » qu’ils ne le sont réellement.
Et quand ça va mal, comment faire ? Pour l’éducation à la santé, l’enquête donne une réponse claire : 2/3 pensent au médecin, 41% pensent aux parents, 1/3 croient à la vertu du dialogue avec celui qui a l’expérience du risque et un quart seulement pense aux infirmières scolaires. Leur rôle en matière de prévention pourrait être significativement amélioré.
La difficulté, souligne dans la salle le Pr Philippe Jeammet, pédopsychiatre, est qu’un trouble psychologique profond trouve dans le mal-être sa réponse ; il apporte comme « un soulagement à la peur ». Il est alors difficile d’avoir conscience que l’aide va venir de l’extérieur. Médecins, parents, amis…, la réponse est dans le dialogue car les adolescents qui vont le plus mal sont ceux qui parlent le moins avec les adultes.
Solidarités : attention, malentendu !
« Etre solidaire, à quoi ça sert ? » Question un peu provocante pour cette seconde table ronde ; réponses et constats non moins surprenants ! Aminata AHADAMA (lycée professionnel Théophile Gautier à Paris 12°, Académie de Paris), Ines BERDOYES (lycée des Graves à Gradignan, Académie de Bordeaux), Fabrice SANIEL (lycée professionnel Charles de Gaulle à Saint-Étienne, Académie de Lyon) sont les trois rapporteurs choisis pour débattre de leur vision de la solidarité.
Ils le disent clairement : tous les jeunes n’ont pas la même vision de la solidarité. Grandes causes pour les uns, petits gestes pour les autres. Si les ados disent ce sujet un peu loin de leurs préoccupations, ce n’est pas parce qu’ils ne s’y intéressent pas, mais parce que leur engagement n’est pas celui des adultes.
Un malentendu à nouveau confirmé par les chiffres : l’enquête Ipsos, radiographiée par Laila Idtaleb, souligne que la solidarité est une valeur partagée par la majorité des adolescents, contrairement près d’un tiers des enseignants et des infirmières les croient peu sensibles à ce thème. Alors, de quoi parlet-on ?
Pour y répondre, les compétences associées de trois experts : les Professeurs Boris CYRULNIK, neuropsychiatre et François DUBET, sociologue, le docteur Patrice HUERRE, pédopsychiatre.
On ne peut pas ne pas être solidaire avertit Boris Cyrulnik. La vie est marquée par la solidarité avec les autres : la mère, l’école, la sexualité. Malentendus dit François Dubet. Les solidarités désignées par les adultes sont à la fois celles qu’ils devraient exercer et qu’ils ne pratiquent pas toujours, et celle des grandes causes. L’adolescence est pourtant bien l’âge des solidarités, de la découverte des amis, du groupe, des clans…, d’un monde différent et plus « important que le monde d’avant ». Cette solidarité est vécue comme dangereuse par beaucoup d’adultes : les copains versus les parents, la classe versus les enseignants, les jeunes versus les vieux ! Patrice Huerre de souligner que la solidarité des jeunes existe, mais qu’elle prend des formes que les adultes ne savent pas encore décoder.
Les adolescents distinguent assez clairement solidarité et engagement. A la référence à mai 68 et à sa mythologie, Boris Cyrulnik répond que l’émergence de l’individualité, au détriment des valeurs de la collectivité a réduit l’importance des rites d’engagement dans la formation de la personnalité des jeunes. En revanche, les solidarités manifestées dans le quotidien confortent un sentiment « d’appartenance » constructif.
François Dubet observe que le poids de la compétition scolaire que la société -les parents- font supporter aux enfants, transforme la perception même de la solidarité autant que son apprentissage - sa transmission- des générations d’après guerre aux adolescents d’aujourd’hui. Leur ambition n’est plus de leur transmettre des valeurs, mais de les motiver ou de les menacer de réussir.
Les médias sont-ils un « activateur » de solidarité demande une personne dans le public ? Pour les adultes sans doute répond François Dubet, mais les « cibles fugaces » qu’ils désignent ne correspondent pas aux attentes des ados. « On cherche à agir selon nos moyens » dit un jeune.
Mais comment ?
« Nous manquons d’expérience et d’information pour investir notre envie d’aider les autres » souligne Inès. L’école n’ouvre plus autant d’espaces aux expériences de la solidarité que par le passé. Pourquoi n’y revenons-nous pas dit ce proviseur en citant l’expérience, non renouvelée, de la journée de la solidarité au lycée. La vie associative en France – et à fortiori dans les établissements scolaires, est moins importante que dans beaucoup de pays européens. Au Quebec, les jeunes font un service civique. Un lien entre solidarités et éducation à la citoyenneté est à faire souligne cet intervenant.
Car attention avertit ce Coordinateur Santé citoyenneté en établissement : la solidarité de proximité engendre des groupes à l’intérieur desquels, reconnaissent les experts, la solidarité conduit à limiter l’autonomie des individus et peut les conduire, « sous la pression », à des actes répréhensibles. Ces groupes communiquent parfois difficilement entre eux et produisent des « laissés pour compte », stigmatisés par leur isolement.
Solidarités publiques, mécanismes de redistribution par l’impôt, mobilisation pour les « grandes causes »… le débat sur les modèles de solidarité -au coeur des échanges avec les experts- fait clairement apparaître le clivage entre adolescent et adultes.
Pour nos trois adolescents, la solidarité, c’est s’engager à aider les autres, sans penser aux moyens dont on dispose. Ce don de soi, ce temps accordé à l’autre « fait du bien », construit la personnalité, satisfait le besoin de se sentir utile remarque Patrice Huerre.
Soyons clairs : « les adultes ne nous donnent pas vraiment l’exemple » remarque ce lycéen. Mettre de l’argent dans une enveloppe, ce n’est pas être solidaire dit cet autre. Et quand on n’a pas d’argent, on n’est pas solidaire ? Faux disent les ados : être solidaires c’est le temps qu’on donne pour aider un camarade, le soutien scolaire d’un frère ou d’une soeur, la pièce au clochard, l’écoute du mal-être de l’autre, aider des personnes âgées…, des solidarités de proximités très importantes à leurs yeux. C’est aussi, au delà de ses proches, « se lever pour laisser sa place dans le bus, sous l’oeil indifférent de la plupart des adultes !!, participer à une collecte de sang ». « Oui , on a du mal à se comprendre avec les adultes sur la solidarité» confie cet élève clairvoyant !
Alors comment se comprendre ?
Voici une piste : la solidarité exprimée par beaucoup d’adultes, pression médiatique à la clef, est un acte qui sort de l’ordinaire, une exception dans un quotidien qui ne l’est pas assez. La solidarité exprimée par les ados, de la participation aux forums sur Internet à l’appel à l’ami(e) absente des cours, cette solidarité est inhérente à leur quotidien. D’autres l’appelleraient de l’entraide. Elle est tellement banale qu’on ne pense pas à lui donner un nom. Pourtant conclue Boris Cyrulnik, il faut lui reconnaître une réelle importance car « le regard de l’autre donne envie de prendre une place dans la société ».
Les autorités à l’épreuve de la confiance
Les autorités, respect, rejet ! Sujet d’actualité s’il en est ; la rencontre entre ados et experts, comme les débats qui vont suivre, apportent aussi leur lot de découvertes.
Pour représenter les 5 classes qui ont planché sur le sujet : Sylvie DUPONT (lycée Jean Mermoz à Vire, Académie de Caen) ; Warren STADLER (lycée professionnel Jacques Brel à Lormont, Académie de Bordeaux) ; Arghiles FERGANI (lycée Joliot Curie à Sète, Académie de Montpellier).
Tous les trois, en accord avec leurs camarades dont ils rapportent aussi les réflexions, établissent une hiérarchie des autorités : l’autorité familiale vient en tête ; elle est reconnue, acceptée. Viennent ensuite l’autorité des professeurs puis celle de la police.
Avec leurs professeurs et les médiateurs qui ont accompagné leur travail, les élèves ont beaucoup parlé du lien autorité/respect, un couple « où l’un ne va pas sans l ‘autre ».
L’autorité respectée, et donc acceptée est d’abord celle des parents. « C’est l’amour qui fait la différence » analyse Sylvie. Ce qui inspire le respect, c’est aussi de ne pas montrer sa supériorité ajoute Warren. Vis à vis des parents, la peur de décevoir incite au respect de l’autorité « même si on n’est pas toujours d’accord ».
Cette analyse ne manque pas de faire réagir les trois experts invités au débat : Richard DESCOINGS, directeur de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris ; le professeur Philippe JEAMMET, pédopsychiatre ; Catherine SULTAN, présidente du Tribunal pour enfants du Tribunal de Grande Instance de Créteil.
Pour la magistrate, ce constat de l’amour qui inspire le respect ne doit pas surprendre : ce qui marque les enfants, c’est que les parents s’intéressent à eux. Et cet intérêt construit l’autorité. Ce lien de cause à effet peut s’appliquer aux institutions, et en particulier à l’autorité judiciaire.
En effet, pourquoi 80 % des jeunes présentés à un juge des mineurs pour la première fois ne récidivent pas ? Peur de la sanction ? Non, mais découverte du principe de justice « réparatrice » qui rend d’abord une décision éducative et s’intéresse d’abord à l’enfant plus qu’à la faute.
Le débat sur les mécanismes constitutifs du respect de l’autorité va mobiliser un temps l’attention des experts.
Amour et autorité sont-ils compatibles interroge Michel Field ? « Si l’on parle « d’amour », la question principale est celle de la confiance » répond Le Pr Philippe Jeammet. L’autorité est à la fois inhérente à la vie et condition d’exercice de la liberté. La conscience de soi éveille deux constats : celui de la nécessité d’une autorité comme canalisateur de la conscience du besoin des autres, et celui des horizons vertigineux de la liberté, si chacun se soumet sans limites à ses ressources et à ses manques. Si l’autoritarisme est mort, comme semblent le déclarer les jeunes, l’exercice de l’autorité qui « façonne », en opposition à celle qui sanctionne, est compliqué confie Richard Descoings. Le cas de Sciences Po est symptomatique d’une légitimité qui se gagne par l’éveil et l’apprentissage, par l’ouverture à la conscience et à l’écoute de l’autre, comme le souligne Philippe Jeammet, premier gage du respect entre les individus.
Naturellement, pour les jeunes face à l’autorité, tout n’est pas rose. 70 % des jeunes respectent l’autorité de leurs parents, mais 30 % la rejettent. Une corrélation existe entre le niveau de dialogue parents/enfants et le respect de l’autorité. Amour et confiance… 1 adolescent sur 2 estime que les représentants de la police et de la justice sont respectables et 1 sur 4 seulement pour les hommes politiques…. Enfin, un enseignant sur 2 et plus de 40 % des infirmières pensent que les parents n’exercent pas assez d’autorité sur leurs enfants.
Est ce si facile de respecter l’autorité ? Oui et non. D’abord, la transgression fait partie des apprentissages de l’adolescence. L’acception de l’autorité sera plus spontanée si les limites aux libertés ou au libre arbitre sont claires. Rien ne met plus à l’épreuve des jeunes que l’excès de liberté remarque Philippe Jeammet. Si l’on ne connaît pas les limites, la bascule dans l’extravagance est proche : bindge drinking, anorexie…
La limite parfois se trouve parfois là où on l’attend ; difficile d’accepter l’autorité dans un lycée qui applique uniformément la même discipline à des ados de 13 ans et à des jeunes adultes de 19 confie Sylvie.
Difficile aussi de respecter l’autorité quand l’exemple n’est pas donné par les adultes. Beaucoup de jeunes se plaignent du manque de respect des forces de l’ordre, des adultes qui disent de ne pas fumer mais fument eux-mêmes…
Plutôt que de s’enfermer dans les constats des bonnes raisons de ne pas « y croire », le débat s’oriente sur les raisons pour lesquelles l’exercice de l’autorité « juste » est si compliqué. Un enseignant d’interroger : « la société n’a-t-elle pas remis en cause la notion d’autorité ? Les jeunes ne sont-ils pas en train de nous le reprocher ? »
Cette observation s’avère pertinente au regard de la dévalorisation du rôle de l’éducatif dans la société, qui conduit les adultes à ne pas se sentir légitimes pour exercer leur autorité. Philippe Jeammet replace cette observation dans le contexte de la confiance, et en particulier dans la confiance dans les adultes. Incidemment, il fait constater que l’école fait l’objet de trop nombreuses critiques – et peut être aussi d’espoirs excessifs- cible des « déclinologues » stigmatisés par Richard Descoings, et bouc émissaire de tous les problèmes d’intégration et de citoyenneté. Dans le quotidien des ados, les champs apparemment segmentés de la santé, des autorités et des solidarités trouvent dans les valeurs de confiance, de respect, d’écoute et de limite, le cadre qui forge les vraies libertés auxquelles ils aspirent.
Et demain ? A l’issue de ce forum extrêmement animé et informatif, le Pr Claude Griscelli souhaite rendre hommage à Anne de Danne, délégué général de la Fondation Wyeth, pour son énergie à porter le développement de la Fondation. Hommage également à un partenariat fécond avec l’éducation nationale et l’Inserm, qui s’enrichira en 2009 d’un partenariat avec le Ministère de la Santé, révélé le matin même du Forum par Madame Altmayer-Barnier, chef du pôle jeunesse du cabinet de la Ministre Madame Roseline Bachelot.
2009, en accord avec le Directeur Général de l’enseignement scolaire, Jean-Louis Nembrini, doit voir l’extension des Forums « locaux » de 5 à 10 académies, et la mobilisation des lycées passer de 15 à 30 établissements. Une mobilisation sans précèdent pour diffuser le travail déjà entrepris avec les élèves et élargir l’écoute et le dialogue entre adultes et adolescents.

